Face à des sécheresses de plus en plus fréquentes et marquées, la diversification des ressources fourragères constitue une piste intéressante pour sécuriser les stocks et renforcer l’autonomie des élevages. Dans cette optique, le Parc naturel du Pays des Collines en collaboration avec le Parc naturel des Plaines de l’Escaut a organisé, le 3 septembre 2026, une séance consacrée à la luzerne et aux prairies temporaires.

Animée par David Knoden de Fourrages Mieux, cette rencontre a rassemblé près de 50 participants. La séance a permis de faire le point sur les principaux leviers techniques permettant d’adapter la production fourragère aux conditions climatiques, depuis le choix des espèces et l’implantation jusqu’à la récolte et la valorisation.

Les enseignements de la journée peuvent être regroupés autour de deux grandes catégories : la luzerne et les prairies temporaires.

1. La luzerne

La luzerne constitue une option intéressante pour sécuriser la production fourragère et améliorer l’autonomie en protéines. Son enracinement profond lui confère une bonne résistance à la sécheresse. Elle demande toutefois un sol profond, bien drainé et à acidité modérée. Pour limiter les risques d’échec à l’implantation, il est préférable de la semer après une céréale ou un maïs et d’éviter les précédents prairie. Une attention particulière doit être portée aux sulfonylurées, surtout en conditions sèches et en non-labour.

Le semis se réalise au printemps sur sol suffisamment réchauffé ou après céréale/maïs, idéalement avant le 10 septembre, à environ 1 cm de profondeur, avec un roulage systématique. L’inoculation avec des Rhizobium est recommandée : elle doit être réalisée à l’abri de la lumière et le semis effectué dans les 24 h. Compter 25 à 30 kg/ha en pur et 15 à 18 kg/ha en association. La luzerne pure donne de très bons résultats ; en association, privilégier un mélange simple avec du dactyle ou de la fétuque élevée.

La luzerne est principalement valorisée par la fauche, avec des coupes toutes les 5 à 6 semaines et une hauteur de coupe de 7 à 8 cm. Le pâturage reste possible uniquement sur un sol très portant et sans descendre sous 7-8 cm. Elle fournit un fourrage de bonne qualité avec 820-870 d’énergie (VEM), 15-17 % de protéines (MAT) et 68-75 % de digestibilité (MO). La fertilisation doit surtout couvrir les besoins en phosphore et potasse.

2. La prairie temporaire

La prairie temporaire permet d’adapter le couvert aux objectifs de l’exploitation et aux conditions de la parcelle. Avant de semer, il faut définir la durée d’exploitation, le mode de valorisation (fauche, pâturage ou fauche-pâture), ainsi que le type de sol et le climat.

Le ray-grass anglais (RGA) constitue la base des mélanges destinés à la fauche et au pâturage. Le type tétraploïde s’installe plus rapidement et résiste mieux à la sécheresse que le diploïde. Le trèfle blanc complète le mélange, avec un choix de type adapté à l’utilisation : nain pour le pâturage, intermédiaire pour la fauche-pâture et géant pour la fauche, à raison de 3 kg/ha maximum. Un peu de ray-grass hybride peut être ajouté pour gagner en précocité.

En conditions sèches, le dactyle, la luzerne et la fétuque élevée permettent de renforcer la résistance du mélange. Le dactyle présente une bonne teneur en protéines (MAT) mais supporte mal la compaction et les excès d’eau et forme des touffes au pâturage. Les bromes sont également intéressants pour leur croissance rapide et leur résistance à la sécheresse, mais leur sensibilité aux maladies limite leur durée d’exploitation à environ 3-4 ans.

Après une sécheresse, les apports importants d’azote sur prairies temporaires sont à éviter : la reprise de la minéralisation peut déjà fournir suffisamment d’azote et un excès peut présenter un risque de toxicité.

Les mélanges doivent rester simples : 2 à 4 espèces pour une prairie de courte durée et maximum 6 pour une longue durée, avec généralement 35 kg/ha maximum de semences afin de limiter la concurrence et favoriser l’enracinement. L’implantation d’une prairie sous méteil fonctionne bien. Pour une dérobée, prévoir au moins 70 jours entre le semis et la récolte.

En conclusion : face aux sécheresses, la réussite passe avant tout par le choix d’espèces adaptées au sol et au climat, une implantation soignée, un roulage systématique et une fertilisation adaptée, notamment en potasse.

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Hervé Lust

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